Salut les black metalleux ! Jusqu’à présent on vous parlait essentiellement de sorties récentes côté musique, je vais creuser un peu plus aujourd’hui pour vous présenter un album de 2019. Il y a trois ans maintenant, le groupe Mephorash sortait son quatrième album intitulé Shem Ha Mephorash, cependant il n’est arrivé que l’année dernière dans ma liste de lecture. 

Pour être précis, c’est le clip de Sanguinem, quatrième piste de l’album, que j’ai découvert par le biais de Black Metal Promotion. Le titre m’a bien plu sur plusieurs aspects (j’y reviens juste après) mais je n’ai pas été plus loin à l’époque. J’ai récemment rattrapé la chose et j’ai pris une vraie claque musicale, d’où la présence de cet article. 

Le quatuor suédois propose, à mon sens, avec cet album la version la plus aboutie de son art. La production est incroyable et le son très puissant. Même si sur certains albums j’apprécie un son relativement sale, qui ajoute à l’ambiance (comme pour certains albums de Nehëmah ou Katharsis), ici ça n’aurait pas servi les compositions.

Mephorash propose un Black Metal très documenté, presque liturgique avec de nombreuses influences bibliques. Le nom de l’album Shem Ha Mephorash renvoie directement au nom de Dieu. Wikipedia m’a permis d’en apprendre plus à ce sujet : « Dans la tradition juive, le Schem-hamephorash est le nom secret, imprononçable de Dieu. Dans la tradition magique et kabbalistique (notamment le Sefer Raziel), il est formé de l’association de soixante-douze noms d’anges. » 

Les textes sont très inspirés de La Bible, en particulier de l’Apocalypse selon Saint Jean pour des titres comme King of Kings – Lord of Lords. Cette inspiration se traduit également dans la musique puisque l’on retrouve plusieurs instruments typiques de la tradition religieuse comme l’orgue ou les cloches de messe. 

L’album est assez conséquent, 8 morceaux se partagent les 74 minutes de lecture et certains titres sont plutôt longs. Cependant le rythme est varié et personnellement je ne vois pas le temps passer. 

Shem Ha Mephorash s’ouvre sur le titre King of Kings – Lord of Lords. On retrouve l’ambiance solennelle d’une messe en introduction au morceau et à l’album, puis le titre se poursuit par un Black Metal mid-tempo efficace et mystique à la fois. Les parties vocales hurlées apportent de l’intensité et les « Hallelujah » de la fin terminent le morceau en apothéose sur fond de double pédale et de chœurs. 

Le groupe enchaîne les morceaux alternant blastbeats et passages mid-tempo, voir même très ambiants. Epitome I débute d’ailleurs de cette manière. Il faut presque deux minutes pour que les guitares électriques arrivent. Ce morceau à une composition très particulière avec plusieurs intermèdes sans guitare ni batterie. Je pense d’ailleurs que cet Epitome I est mon morceau préféré de l’album, pour sa conclusion. La dernière reprise, qui arrive après un passage faisant la part belle à un chant féminin tout en délicatesse, est a la fois violente et pleine de mélancolie. La voix féminine cristalline se mêle au chant hurlé et se prolonge pour effectuer une transition en douceur vers Sanguinem, la quatrième piste. Ce quatrième titre est globalement très lent et répétitif, ce que j’apprécie beaucoup quand c’est bien fait, mais la lead guitar est hypnotisante avec ses mélopées cycliques. 

Un soin particulier a été apporté aux transitions entre les morceaux qui s’enchaînent à merveille. On a l’impression d’écouter un seul titre découpé en plusieurs pistes. Pas à cause de l’ennui ou de la monotonie des compositions, mais bien parce qu’elles forment un tout cohérent et captivant.
Le groupe a su trouver un équilibre entre les passages violents et mélodiques, sans jamais tomber dans des travers de niaiserie. La guitare lead apporte ce qu’il faut de mélodie pour qu’elle se détache de la rythmique, soutenue par une batterie présente mais qui ne vole pas la vedette aux autres instruments. Le mixage est impeccable et laisse chaque instrument s’exprimer, même le piano, l’orgue, les cloches ou les chœurs qui auraient aisément pu être éclipsés.  

Des gravures dignes de Gustave Doré

C’est José Gabriel Alegría Sabogal qui s’est occupé de l’artwork de l’album. Personnellement j’ai été séduit par le style très proche de la gravure et chargé de symboles qui trouverait aisément sa place dans un beau livre religieux. L’artiste a également oeuvré sur l’EP The Third Woe, de Mephorash également. Cet enregistrement de deux titres dont le titre éponyme est sur Shem Ha Mephorash contient également The Odious Gospels issu de leur deuxième album Chalice of Thagirion, mais ré-enregistré avec la patte et le son du dernier album.

En me baladant sur la page Metal Archives de l’artiste, j’ai vu que c’était également lui qui avait illustré les deux derniers albums de Theotoxin, qui feront très probablement l’objet d’une prochaine chronique. Leur album de 2020, Fragment : Erhabenheit, a été une très bonne découverte et j’ai préco le vinyle de leur nouvel album prévu pour fin octobre, juste avant qu’ils prennent la route pour une tournée européenne faisant notamment escale à Nantes!

La Messe est dite

Après cette petite digression, il est temps de conclure. Shem Ha Mephorash ne quitte plus mes playlists et passe plus que régulièrement par mes enceintes depuis que je l’ai découvert. L’album date de 2019 mais est devenu un peu compliqué à se procurer en vinyle et en CD. Il est toutefois possible d’en acheter sur le Bandcamp de Regain Records, mais les frais de ports piquent un peu… Ne le trouvant nulle part ailleurs, j’ai craqué pour ce reprint 2022 limité à 500 exemplaires qui devrait être expédié fin septembre. Leurs précédentes sorties sont beaucoup plus faciles à trouver en passant par leur site et valent tout de même le détour.
Si vous aimez les œuvres presque rituelles, cet album pourrait vous intéresser, et vu l’effet qu’il m’a fait, je vous en recommande vivement l’écoute. La chaîne Youtube du groupe propose plusieurs de leurs titres en écoute libre pour vous faire une idée, je ne saurai que trop peu vous recommander d’aller y jeter une oreille !

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