Salut les nounours métalleux, comme on l’avait annoncé dans une précédente actualité sur le site, nous avons eu la chance d’obtenir des accréditations médias pour le Hellfest, festival de musiques extrêmes qui se déroule à Clisson. C’est le plus gros festival de metal Français, et il se hisse en bonne position au niveau Européen et pour cause : plus de 180 groupes réunis sur une même affiche, et qui ont joué alternativement sur 6 scènes plus ou moins axées sur des styles particuliers.
Pour ne pas faire un article trop long et indigeste comme nous avions pu le faire pour le Motocultor, nous avons décidé de découper notre report en plusieurs morceaux. Le premier de la série sera donc celui-ci destiné à exprimer nos idées généralistes sur le festival, et ensuite nous publierons un article dédié à chaque journée de concerts pour présenter les groupes que nous avons pu voir. Ayant accès à un espace média, nous avons également pu interviewer Gérald Milani, président du label associatif Les Acteurs de l’Ombre ainsi que (presque) tous les membres du groupe de black metal français ACOD. Ces deux retranscriptions arriveront un peu plus tard, le temps de retaper l’ensemble des entrevues.
Le festival ayant pris la forme d’un long week-end de 4 jours pour cette édition 2023, c’est jeudi matin après avoir déposé les enfants à l’école que nous avons pris la route de la charmante bourgade de Clisson pour y déposer notre tente. Nous n’étions pas revenus depuis 2016 pour Thomas et 2017 pour Panzer, et le choc fût impressionnant. Là où il fallait s’armer de patience pour espérer accéder à un parking pas trop loin du site il y a quelques années, maintenant il suffit de suivre les panneaux (si on ne les rate pas comme nous) pour se retrouver sur le second plus grand parking de France, parfaitement carrossable (la plupart du temps). En 2 minutes nous étions garés, et parés à nous rendre vers la station de bus aménagée pour l’occasion. Toutes les 5 minutes environ, il est possible de prendre une navette gratuite avec tout son barda sur le dos, pour se retrouver en moins de 10 minutes à l’entrée du camping du festival. Pour les plus courageux, un chemin pédestre sécurisé a été aménagé, mais … Nous n’avons pas eu le courage de faire 30 minutes de marche avec le matériel de camping.
C’était un peu notre appréhension ces navettes, car lors de l’édition 2022 ça avait l’air d’être un sacré foutoir et le temps d’attente dépassait largement l’heure. Là, nous n’avons jamais attendu plus de 10 minutes et pourtant nous l’avons utilisé plusieurs fois au cours du week-end. En arrivant jeudi matin nous pensions devoir attendre très longtemps pour la pose des bracelets, mais là encore l’attente fût de faible durée puisque nous sommes passés directement sans aucune attente. Bon d’accord nous avions une file dédiée pour les VIP, mais les festivaliers pouvaient aussi passer rapidement. Nous avons sûrement eu pas mal de chance, mais c’est un bon point pour l’organisation du festival qui semble avoir décidé d’ouvrir la pose des bracelets plus tôt cette année pour anticiper les files d’attente interminables des précédentes éditions.
Là où nous avons galéré par contre… c’est pour poser notre tente. Nous ne sommes pas arrivés tard, et pourtant nous avons dû parcourir TOUS les campings pour enfin trouver un petit espace disponible, et c’était complètement à l’opposé de l’entrée du festival. Le côté positif, c’est que nous avons été au calme pendant tout le week-end, et avons pu dormir relativement paisiblement (sauf Jean-Louis (nom inventé pour l’occasion) qui avait un problème sur son téléphone et qui le faisait savoir tous les matins. Jean-Louis si tu passes par là… achète une batterie externe et laisse-nous dormir). Le côté négatif, c’est que l’entrée n’était pas du tout gardée comme les autres campings, et du coup nous avons eu le droit à quelques charmants commerçants qui voulaient nous vendre des produits… du terroir dirons-nous.
Ensuite il est temps de découvrir un peu le Metal Corner qui est désormais une petite ville à lui tout seul, regroupant pas mal de bars, de points de restauration, de commerces. Cet espace est accolé aux campings et permet de se retrouver lorsque le site du festival est fermé (le matin et le soir), pour boire un coup, manger ou bien participer aux afters organisés sous une tente. Est-ce que nous avons fini la soirée du jeudi à danser sur Maniac et faire une chenille à 4h du matin ? Peut-être. Passé cet espace, on se retrouve dans la zone “tampon” du Hellfest, le Hell City Square. Cet espace copiant les façades de Camden à Londres propose pas mal de boutiques également (Nuclear Blast, tatoueurs, barbiers…) mais aussi deux énormes tentes qui abritent l’Extrême Market, le petit marché du Metalleux qui peut y trouver plein de vendeurs de vinyles, de CD, de merchandising etc. Alors par contre j’en parlais plus haut, mais que font des vendeurs de jeux vidéo rétro, de mangas, de peluches etc… dans un festival de metal ?
Transition toute trouvée pour parler de l’évolution du public que nous avons pu constater et qui, peut-être, trouve ça tout à fait normal d’avoir ce genre de boutiques. En effet, nous avons été surpris dès notre arrivée à la navette, de ne voir personne avec des tee-shirts de groupes … Alors certes il n’y a pas d’uniforme à porter pour être metalleux, mais comparé aux autres festivals, et aux précédentes éditions du Hellfest ça nous a choqué d’être les seuls à arborer les visuels de nos groupes préférés. Bon par contre, le nombre de tee-shirts du merch officiel du festival, on en a bouffé Mais finalement après quelques jours sur le site, ça nous a confirmé ce que l’on pensait : le public du Hellfest n’est plus le même. Les passionnés de musiques extrêmes sont désormais minoritaires et ont laissé place à un public plus généraliste qui vient principalement pour l’expérience. Attention ça n’est pas péjoratif, juste un constat. De toute façon, ça ne nous concerne pas vraiment puisque nous passons quasiment tout notre temps sous les tentes consacrées aux styles plus “obscurs”. Le seul problème, c’est que ces personnes n’ont pas forcément les codes du milieu, et on se retrouve avec des slameurs / pogos sur des groupes qui ne s’y prêtent pas, ou qui se permettent des jugements pour des choses qui paraissent naturels pour des passionnés.
Ça aurait été parfait, si l’espace de l’ancienne Valley n’avait pas été remplacé par un énorme édifice consacré au merchandising officiel du Hellfest. Ce nouveau “bâtiment” est magnifique, mais la queue permanente dès l’ouverture et jusqu’à la fin de la journée a rendu les déplacements compliqués lors de forte affluence sur la Temple. Spoiler : il fallait attendre le dernier jour pour y aller, et passer en 10 minutes . Cela dit, cette file d’attente était beaucoup moins impactante sur la circulation à l’intérieur du festival que d’avoir la Valley a cet emplacement. A proximité on trouve également le merch artiste qui est clairement une arnaque monumentale à laquelle beaucoup ont malheureusement participé. Il n’y avait que des hoodies et des tee-shirts, mais à des prix exubérants (40€ en moyenne le tee-shirt). Si vous acceptez de débourser autant pour ça, il ne faudra pas vous étonner de vous faire pomper votre fric.
La Valley quant à elle n’est désormais plus couverte, mais en plein air. Nous n’avons pas beaucoup été sur cette scène, mais pour les 3 ou 4 concerts que nous y avons fait, nous avons trouvé la scène plutôt bien sonorisée et praticable. Nous avons également pu admirer la roue de Charon, œuvre de Peter Hudson qui a été exposée au Burning Man mais aussi lors du Voyage à Nantes. Le flux me faisait un peu peur pour s’extirper de la Valley ou la Warzone car cette zone était difficile à l’époque, mais finalement c’était plutôt pas mal. Globalement la Valley est bien disposée mais la régie est peut-être un peu proche et empêche d’avoir une grosse affluence en face de la scène sur les têtes d’affiches. Le Hellfest continue de nous en mettre plein la vue sur la décoration, agrémentant les œuvres déjà présentes de nouveautés. Comme nous n’étions pas venus depuis longtemps, nous avons eu plein de choses à voir, mention spéciale pour la sculpture présente dans le Kingdom of Muscadet.
Au niveau de la nourriture, on a trouvé ça très varié mais nous n’avons pas consommé tous nos repas sur place. Nous avions apporté pas mal de choses pour réduire le budget, et avons pris quelques repas sur le camping, donc notre avis n’est pas très étoffé. Il faut cependant reconnaître que les espaces dédiés à la restauration sont bien agencés avec tables et bancs, ainsi que de nombreuses poubelles. Les propositions culinaires sont variées : on peut déguster du homard, des pizzas, des burgers mais également des spécialités du monde. Les végétariens ne sont pas oubliés avec des snacks dédiés et de nombreux points de restauration proposent au moins un plat végétarien sur leurs cartes. Concernant les bars, nous n’avons jamais attendu, et les désoiffeurs font toujours aussi bien leur boulot avec leur réserve de bière sur le dos.
Pour finir sur une note moins drôle, nous avons vu sur Twitter principalement pendant le festival que certains groupes programmés posaient problème, notamment Hollywood Vampires et la présence de Johnny Depp ainsi que As I Lay Dying et Vektor dont certains membres sont condamnés pour violences envers leurs ex-conjointes. On ne va pas vous le cacher, nous nous intéressons très peu (voir pas du tout en fait) aux faits des groupes hors de la scène, et donc nous l’avons appris par ce biais là. Quoi penser de la programmation de tels groupes ? La question est complexe et une réponse n’est pas forcément mieux qu’une autre, et nous sommes plutôt d’avis de dissocier l’œuvre de l’artiste. Il en est de même pour les opinions politiques des artistes, qui si elles ne transpirent pas dans leur musique ne nous concernent pas. Aller voir MGLA (souvent associé au mouvement NSBM – National Socialist Black Metal – alors que seul le leader a un passé douteux et que le groupe ne s’est jamais revendiqué de cette mouvance) en concert ne me dérange pas, contrairement à Peste Noire par exemple qui n’est finalement qu’un meeting d’extrême droite. Écouter les albums de ces derniers est désormais exclu pour nous, malgré des mélodies que nous apprécions. Comme quoi la question est complexe même au sein de notre propre pensée … Enfin il semblerait que des néo-nazis soient présents sur le festival, mais là où nous avions pu voir des bras tendus (peut être pour se protéger des projecteurs ? …) sur d’autres festivals et des tatouages explicites au Hellfest il y a quelques années, nous n’avons rien vu de tel cette année. Nous ne savons pas s’il existe des solutions pour exclure ces personnes de la scène, mais elles n’ont rien à faire parmi nous, où que ce soit.
Pour conclure, la question de l’écologie est également mise en avant et là encore très peu de solutions sont viables à l’exception de l’abandon de tels événements. Le fioul utilisé pour les groupes électrogènes pourrait sûrement être remplacé par d’autres énergies, mais de telles installations ont sûrement un coût que la production du Hellfest ne peut, ou ne veut pas assumer pour le moment. Le parking et son aménagement sur des terres agricoles (le plus grand de France après Disneyland Paris) a également suscité des réactions. Cependant cet aménagement reste une bonne chose, évitant le stationnement sauvage et dangereux des précédentes éditions. A côté de ça, le festival reste tout de même une débauche de consommation, avec un merch officiel pris d’assaut dès l’ouverture des portes et l’ensemble du week-end, chose que nous ne comprenons pas vraiment car du coup tout le monde se retrouve affublé des mêmes visuels … Il faudra sûrement réduire les quantités, car si le festival se targue d’avoir écoulé plus de 40.000 tee-shirts sur le week-end, on ne peut plus cacher maintenant que le textile est une industrie dont les conditions de travail sont proches de l’esclavagisme dans certains pays et le question se pose de savoir si l’on souhaite cautionner ça.
En gros, le festival nous a bien surpris par son évolution depuis nos précédentes venues, et si nous avions une chose à reprocher cela serait le public qui a beaucoup évolué et qui ne correspond plus vraiment à l’image que l’on se fait du festival de metal. Malheureusement, la production du Hellfest semble continuer sur cette voie, mettant en vente les places pour l’année prochaine en vente quelques jours après la fermeture des portes de cette édition. Les fans du festival râlent et à raison, ne pouvant pas se permettre de débourser quasiment 350€ de billet alors qu’ils viennent juste de revenir de Clisson et ont potentiellement dépensé énormément la semaine dernière. Pour pallier à cela, le Hellfest a annoncé que seuls 50% des pass 4 jours de l’édition 2024 seraient mis en vente le 27 mai, le reste serait disponible aux dates traditionnelles en septembre/octobre. Enfin, il serait bon de revoir la formule de 4 jours, car même si Ben Barbaud (le patron du Hellfest) évoque des raisons économiques à ce choix, beaucoup préfèrent un festival de 3 jours, le quatrième ayant été de trop pour beaucoup.