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Editions des Flammes Noires – Entretien avec Emilien Nohaïc

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Salut les lecteurs ! On vous l’a teasé dans notre chronique de l’artbook de Jeff Grimal paru aux Éditions des Flammes Noires, on projetait de s’entretenir avec Emilien Nohaïc sur son activité. Ce moment est arrivé et on a eu la chance de pouvoir convenir d’une entrevue via Skype avec le créateur de cette maison d’édition très orientée vers le Metal.

Nous remercions Emilien de nous avoir accordé de son temps pour répondre à nos questions et voici la teneur de cet échange :

Salut Emilien, peux-tu commencer par te présenter ainsi que la maison d’édition ? 

Je travaille aux Flammes Noires depuis le début car c’est moi qui ait créé l’entreprise, c’était en fin d’année 2019. On a sorti le premier livre en mars 2020, qui était la biographie de Rotting Christ. Cette même année on a sorti le bouquin sur Mayhem qui a plutôt bien marché, et l’idée avec les Flammes Noires c’est de proposer des livres en français autour de la musique Metal, que ce soit des biographies ou bien du beau livre comme c’est le cas avec celui que l’on vient de sortir avec Jeff Grimal

On a vu que tu as été traducteur pour des livres chez Camion Blanc (The Cult Never Dies et Into the Abyss de Dayal Patterson, Meeting with Strangers de Mindaugas Peleckis), comment t’es venue l’idée de monter ta propre maison d’édition ? 

Couverture de The Cult Never DiesTout est venu de là en fait. J’avais contacté Camion Blanc en 2015 ou 2016 pour la traduction des livres de Dayal Patterson, et ils étaient vraiment partant pour les traduire en français ainsi que Dayal lui même. On a commencé avec The Cult Never Dies puis Into the abyss et je leur avais proposé d’autres projets de traduction en 2018, notamment la biographie de Rotting Christ. Ils étaient très intéressés mais avaient déjà beaucoup de projets de traduction en cours, et comme ça coûte extrêmement cher ils préféraient attendre un peu. J’en ai profité pour voir avec d’autres maisons d’éditions qui pourraient être intéressées pour acheter les droits, et personne n’était intéressé. Je me suis dit que c’était trop con car c’est quand même un super bouquin. J’étais encore enseignant à l’époque et j’ai discuté avec Dayal, en lui disant que je réfléchissais à créer ma propre structure pour financer mes traductions, et en lui demandant s’il était d’accord pour mettre la traduction du livre de côté un petit moment, le temps de voir si mon projet était viable. En fin d’année 2019, le poste que l’on me proposait dans l’enseignement ne correspondait absolument pas à ce que je voulais faire, et j’ai profité de ces deux années de chômage pour bien construire le projet, trouver du financement, et ça à pris au fur et à mesure tout simplement. 

Tu n’as pas eu peur au début de commencer par un groupe assez extrême, pas forcément le plus connu ? 

Non parce que pour moi Rotting Christ c’est un groupe qui est plutôt très connu, qui tourne beaucoup et qui a quand même une très grosse discographie et le bouquin en anglais était vraiment excellent. Je me suis dit qu’il fallait frapper un grand coup avec un groupe comme Rotting Christ et Mayhem, et c’était vraiment l’objectif de partir sur les chapeaux de roue pour ensuite avoir une bonne crédibilité. 

La création de l’entreprise s’est un peu télescopée avec la période Covid, ça ne t’a pas trop impacté dans le projet ? 

Non ça n’a pas eu trop d’impact, car la première année je n’avais rien à proposer. Je ne pensais pas aller en festival ou en concert pour présenter les bouquins. Le catalogue j’ai vraiment commencé à le créer en 2020, puisque l’on a sorti 6 livres quand même ! Le premier c’était le premier tome de Pierre Avril sur le Black Metal (Quand le metal devint noir), ensuite on a eu le l’énorme bouquin de 3kg sur le Stoner (The Stoner Freaks Anthology), le livre de Sakrifiss dans ses deux versions (Une vision du Black Metal), celui de Moonspell (Des loups parmi les hommes) et enfin celui de Paradise Lost (Il n’y aura pas de célébration). C’est vraiment en 2022 que j’ai commencé à faire un maximum de festivals pour présenter les livres, et il y a aussi eu la collaboration avec Saad Jones qui m’accompagne parfois quand il est en France. J’avais plus de volume et c’était donc plus intéressant de se déplacer. 

On voit qu’il y a une bonne complicité avec Saad Jones justement, comment est née cette collaboration ? 

C’est lui qui m’avait contacté assez rapidement au début de l’entreprise. Comme il travaille à l’étranger il avait vraiment envie de trouver quelqu’un de confiance pour gérer toute la partie administrative, faire les envois de ses livres, réfléchir ensemble sur comment mettre en avant son travail et enfin avoir une présence pour ses déplacements en festivals, concerts ou bars. Du coup on a longuement discuté de ce que l’on attendait l’un et l’autre, et ça a très bien matché. On travaille ensemble depuis 3 ans, et c’est chouette de voir qu’en très peu de temps on a beaucoup progressé à plein de niveaux, donc c’est une collaboration très positive ! Le fait de ne pas être tout seul en festival, pas forcément derrière le stand mais aussi de faire la route, trouver des logements etc … Nous répartissons ça entre nous deux et ça fonctionne très bien comme ça !

Saad Jones

La qualité des bouquins que tu proposes est très bonne, et on se demande comment tu fais pour t’y retrouver ? Le papier utilisé est de bonne qualité, les pages sont toutes en couleurs et les prix sont vraiment abordables.

Alors les bouquins ne sont pas parfaits et il y a plein de petites choses qui pourraient être améliorées. Par exemple, si tu prends la première version de Rotting Christ et les derniers livres, c’est le jour et la nuit, mais je progresse à chaque nouvelle sortie. Je n’ai pas un format type que j’applique à chacun des livres, j’adapte vraiment le format au livre en variant les dimensions et mises en page. Je me suis beaucoup basé sur mon expérience chez Camion Blanc, et s’ils ont un catalogue vraiment impressionnant le fait que ça soit le même format de livres me déplaisait un peu. J’ai vraiment travaillé là-dessus pour proposer des choses assez différentes. Ça permet aux livres de mieux respirer quand tu as de grandes photos, et aussi au lecteur de mieux en profiter. 

Enfin contrairement à Camion Blanc qui imprime à la demande, moi je fais imprimer un certain nombre d’exemplaires chez des imprimeurs, et en travaillant longuement avec eux on trouve le bon grammage, le bon format etc …   

Les livres que tu édites avec les Editions des Flammes Noires sont fabriqués en France ?

Les deux premiers ont été imprimés à Morlaix, juste à côté de chez moi. Imprimerie de Bretagne étaient vraiment supers, c’était un très bon accompagnement, ils m’ont aiguillé sur plein de choses, mais assez rapidement j’ai cherché d’autres imprimeurs parce qu’ils étaient très chers. Actuellement je travaille avec deux imprimeurs qui sont basés à Saint Brieuc, mais ils travaillent aussi avec d’autres sous-traitants un peu partout en Europe, selon le type de livre que tu veux avoir. Par exemple, si c’est un livre grand format avec beaucoup de couleurs et d’illustrations dedans, ils voient avec leurs contacts en Europe ; et si c’est quelque chose de plus classique, plus petit format (A5) avec moins d’images ou en noir et blanc, ils s’orientent vers d’autres contacts qui gèrent ces demandes là.

En parlant d’artbook, c’est quelque chose que tu penses proposer de nouveau?

C’est en discussion avec un autre artiste, pour l’instant rien est fait parce que j’ai beaucoup d’autres bouquins à écouler, on va y aller au fur et à mesure, mais c’est en discussion avec d’autres artistes qui ont des pattes très reconnaissables et qui arrivent à faire des œuvres incroyables. Mais si ça se fait, je serais très content !

Est-ce que tu as d’autres bouquins en cours de préparation? J’ai cru lire qu’un ouvrage sur Behemoth était en préparation.

Le tout prochain sera sur l’Arménie, ça fait longtemps qu’il devait sortir, mais comme je suis tout seul je ne peux pas tout gérer et les projets prennent beaucoup de retard. Après ce sera celui sur Behemoth, j’ai aussi la traduction de Devil’s Cradle sur le Black finlandais, j’ai aussi un livre sur le Death finlandais qui revient sur l’intégralité de la scène finlandaise qui est en fait très très riche. Un peu méconnue, sauf par les amateurs de Death, mais c’est un livre qui sera très qualitatif avec beaucoup, beaucoup, d’interventions d’artistes de toute la scène finlandaise et suédoise aussi.
J’ai un livre aussi sur la scène québécoise qui devrait sortir en 2023 et d’autres qui sont toujours en cours d’écriture ou de traductions, donc on va y aller au fur et à mesure… J’ai aussi oublié la biographie de Ulver ! Comment j’ai fait?! Elle devrait sortir en 2023, je n’aurais pas le temps avant.

Prévente bouquin sur le metal en Arménie

Le planning est chargé !

Tout à fait ! C’est beaucoup de travail à un rythme très dense.

Tu fais tout tout seul, c’est bien ça?

Pour le moment oui. Je vais sous traiter énormément de la traduction, parce que c’est très chronophage. Il y a aussi une personne qui, de temps en temps, fait de la mise en page, c’est Romane Poupelin. Elle a fait la mise en page du livre sur l’Arménie par exemple, comme celle du dernier livre de Pierre Avril sur le Black Metal français… Elle à fait  aussi quelques couvertures, comme celle de Moonspell, de Paradise Lost, la couverture du livre de Jeff Grimal c’est aussi elle qui l’a réalisée.
C’est bien de pouvoir s’appuyer sur des gens comme ça, qui ont de vraies compétences.

J’avais une autre question, mais vu le planning ça risque d’être compliqué : Est ce que tu as pour ambition d’évoluer vers un label et de distribuer des albums?

Non. Mais distribuer des albums, peut-être, ou du moins du merch officiel, pourquoi pas. C’est quelque chose qui est en cours de réflexion. Actuellement avec le statut que j’ai, je n’en ai pas le droit, administrativement parlant je ne peux faire que du livre. Ou alors ce sont des objets qui seront inclus dans le livre. Comme par exemple, si tu fais un bouquin avec un Tshirt et un CD, tu ne peux pas les vendre séparément. Comme les magazines qui mettent un CD de compilation, c’est exactement le même principe, ça fait partie d’un lot. Mais c’est en cours de réflexion. Pour l’instant, en étant tout seul, ça va être compliqué de rajouter ces éléments là aussi. Donc ça va se faire petit à petit et on verra tout ça en 2023 ou 2024.

Pour revenir sur l’artbook de Jeff Grimal, on a constaté que les œuvres, comme Citadel par exemple, n’étaient pas présentées dans un ordre suivant leurs numéros. C’est un choix éditorial ou une volonté de l’artiste pour proposer un cheminement particulier au sein de ses créations ?

C’est quelque chose qui a été vu avec Jeff. Après, il n’est vraiment pas chiant, dans le sens ou quand ça lui plaisait il était content. Et il était souvent content.
En fait, il n’y a pas d’ordre logique derrière les différentes Citadel. Au sens ou c’est un type de tableau avec un fond flou, une grosse bande assez épaisse en bas du tableau et un bloc monolithique qui écrase un peu tout le reste avec ses couleurs qui foudroient le spectateur, l’amateur d’art. C’est une sorte de mise en forme de son travail qui est mis en avant au travers des Citadel.

Il en a fait énormément, la sélection a été assez compliquée. On en a rajouté quelques-uns à la fin parce qu’ils sont chouettes quand même ses tableaux ! 

Il n’y a pas l’intégralité de ses œuvres dans l’artbook?

Pas du tout ! Il y a eu une grosse sélection. Sur Nature, on en a enlevé un pour le remplacer par le Loup, très pétant avec des couleurs qui sautent de partout. Il a un visuel très percutant.
Il m’a montré quelques portraits qui sont chez lui et qui sont sublimes, qui auraient trouvé leur place dans le bouquin sans aucun problème, mais le but n’était pas que a dégueule de partout. C’était vraiment d’avoir une sélection qui était assez limitée mais qui donnait une bonne idée de l’ampleur de son travail. Je pense qu’il y a de quoi faire sur les 184 pages, il y a du choix!

J’avais une dernière question, sur la distribution. On a vu qu’il y avait de tes ouvrages disponibles chez Frozen Records, à Nantes, par exemple – vu que c’est là qu’on se fournit en musique de temps en temps. Est-ce que c’est toi qui les démarche ou est ce que ce sont eux qui viennent vers toi ?

Non, pour Frozen, c’est moi qui les ai démarchés, je cherchais d’autres points de vente que le site internet. La distribution c’est un vrai problème. C’est quelque chose qui coûte excessivement cher et actuellement pour moi ce n’est pas viable de me faire distribuer dans les Fnac, les Cultura, les libraires de manière générale parce que ça coûterait beaucoup trop d’argent.

Par contre, je préfère cibler des disquaires ou des libraires qui ont vraiment un public Metal bien identifié. Pour ça Frozen c’est parfait. On s’entend très bien aussi, il est content d’avoir des livres à proposer qui plaisent à sa clientèle et traitant de groupes qui lui plaisent aussi. La dessus ça se boutique plutôt bien. Le problème des disquaires, c’est qu’il faut qu’ils aient la place. J’en avais contacté quelques uns sur Paris et Marseille, mais le problème qu’ils avaient n’était pas qu’ils ne voulaient pas mais bien le manque de place, ce que je peux comprendre.

Pour retrouver tes ouvrages, c’est donc uniquement dans quelques points de vente particuliers, en festivals et sur ton site internet?

Tout à fait, en points de ventes, tu vas les trouver à Frozen Records à Nantes, à L’Oreille KC à Brest qui a tous les titres qui sont référencés. Il y en a aussi quelques-uns sur les sites de LADLO (Les Acteurs de l’Ombre) et de Season of Mist, ainsi que chez Adipocere. De temps en temps Adipocere prend certains livres, suivant le type de festival ou de concert auxquels il va aller. Donc tu pourras les retrouver là bas s’ils sont présents. Mais autrement ça passe essentiellement par le site. Après, si tu vas en librairie, ça ne me dérange absolument pas de fonctionner avec des libraires qui veulent passer directement par moi plutôt que d’avoir recours à des distributeurs plus classiques. Je comprends aussi que les frais de port dissuadent beaucoup… Surtout que La Poste ou Mondial Relay se font quand même plaisir en terme de timbres.

Et ils ne sont pas spécialement soigneux avec les colis…

La vache non ! J’ai eu des bouquins qui sont arrivés complètement défoncés, c’est incompréhensible que les trucs arrivent dans cet état. J’ai eu des livres littéralement coupés en deux, tu ne sais pas comment ils font.

As-tu d’autres choses à ajouter?

Là comme ça non, je pense que ça donne un bon aperçu de ce que je peux faire. Merci beaucoup du temps consacré !

Pour commander les livres parus ou à paraître aux Editions des Flammes Noires, la meilleure façon c’est de se rendre sur la boutique en ligne, ou bien d’en parler à vos libraires et disquaires. N’hésitez pas à passer commande, Noël approche et un beau livre fait toujours plaisir sous le sapin ! De plus, les frais de port sont offerts à partir de 80€ donc foncez parfaire votre culture musicale dès maintenant.

Thomas
Thomas
J'ai découvert les jeux vidéo bien trop tôt pour que ça n'affecte pas mon développement, j'essaye depuis de faire des QTE dans la vraie vie et de faire des CTRL-Z de mes décisions.

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